Cette série de 5 articles est publiée à l'occasion de la visite de Mark Carney en Chine à la mi-janvier, qui visait à discuter des façons d’améliorer les relations entre les 2 pays, notamment en établissant des canaux de communication et des liens personnels. Dans le détail, ce voyage mettait l’emphase sur le développement des liens économiques ainsi que sur l'atténuation des différends commerciaux, comme les barrières tarifaires entre les 2 pays. Le but de cette série d'articles est d’examiner les possibilités, au-delà des discussions de tarifs, d’importer ou d'assembler au Canada des véhicules électriques (VÉ) chinois intéressants afin d’augmenter l’offre de VÉ et de diminuer les prix d’achat.
Les VÉ fabriqués en Chine par des compagnies dont des marques sont déjà disponibles au Canada
Avec la réduction annoncée des tarifs sur les VÉ fabriqués totalement ou partiellement en Chine, le consommateur canadien est appelé à gagner en diversité de choix et en accessibilité de modèles économiques. Certaines marques déjà disponibles au Canada offrent plusieurs modèles de VÉ conçus en collaboration avec des marques chinoises, par l'entremise de coentreprises. Ces véhicules pourraient être exportés vers le Canada tout en profitant d'un réseau de distribution déjà établi pour les accueillir.
Le tableau qui suit présente différents exemples de modèles qui sont fabriqués en Chine et qui, dans quelques cas, sont déjà exportés ailleurs dans le monde. Les lignes des modèles de classes A et B sont vides soit parce qu’aucun produit n’est disponible dans cette catégorie ou, comme la Wuling Mini EV de la coentreprise avec GM, le modèle n’est pas facile à adapter pour les attentes de clients du Canada et celles des agences d’homologation. Ce tableau n’inclut pas non plus les modèles qui ont cessé d’être importés lorsque les tarifs canadiens ont explosé, comme les Mini électriques, les Polestar ou même les Tesla avec batterie LFP fabriquées en Chine. Ces modèles pourraient revenir au Canada facilement. Finalement, tous les modèles qui pourraient être pertinents ne sont pas nécessairement listés ici. Par exemple, VW Chine vient d’annoncer trois modèles concepts électriques, dont un VUS pleine grandeur particulièrement intéressant pour le marché canadien.
On peut remarquer la présence dans cette liste d’un modèle d’un des 3 grands fabricants automobiles américains, Ford. L’ouverture des frontières pourrait permettre à l’entreprise d’importer un Ford Bronco tout électrique et à autonomie étendue, ce qui devrait plaire à ses clients. GM offre pour sa part plusieurs VÉ et VÉ à autonomie étendue (VÉAÉ) sous la marque Buick, qui pourraient faire le bonheur des consommateurs canadiens. Pour ce qui est de Stellantis, le conglomérat qui regroupe Chrysler, Ram, Dodge et Jeep, nous les retrouverons dans le prochain tableau.
Les véhicules fabriqués par des entreprises chinoises mais commercialisés mondialement par des marques étrangères
Le 26 octobre 2023, Stellantis signe une entente donnant 2,43 milliards $CDN à Leapmotor, un fabricant de véhicules de nouvelle énergie (VNÉ) chinois. L’entente stipule que Stellantis gagne ainsi 20% des actions de Leapmotor, qui devient une coentreprise chinoise. Stellantis et Leapmotor forment également une entreprise à 51%-49% pour la commercialisation mondiale et exclusive des produits Leapmotor.
À la suite de cet achat, les ventes mondiales de Leapmotor progressent rapidement. La coentreprise livre environ 140 000 véhicules en 2023. Ce chiffre passe à environ 280 000 en 2024, puis à presque 600 000 en 2025. L'objectif est de livrer 1 million de véhicules en 2026, puis 4 millions annuellement au cours de la prochaine décennie.
Voici les modèles Leapmotor commercialisés en France qui pourraient facilement être exportés au Canada, si les normes d’homologation sont harmonisées entre les 2 régions. Encore une fois, il n’y a pas de véhicules de catégories A ou E, Leapmotor n’en offrant aucun sur le marché français pour l’instant.
Finalement, les compagnies chinoises, qui rappelons-le produisent plus de 75% des VNÉ vendus en Chine, sont certainement intéressées à venir s’établir au Canada. Concentrons notre attention sur les 2 plus gros joueurs, soit le groupe Geely, avec les marques Volvo, Polestar, Smart, Zeekr et Lynk&Co notamment, et le groupe BYD, qui commercialise surtout des VNÉ à l’international sous sa propre marque pour l’instant. Ces joueurs offrent déjà en Europe, en Australie et ailleurs une panoplie de VNÉ qui pourraient être adaptés assez facilement pour le marché canadien, surtout si les normes d’homologation sont harmonisées avec ceux de l’Union européenne.
BYD a déjà indiqué par le passé être intéressé à entrer sur le marché canadien. La compagnie a d’ailleurs déjà livré, en 2019, des VÉ utilisés comme taxis à Montréal. En plus, BYD a montré un intérêt à établir des usines locales par des pourparlers avec 2 usines en construction en Europe et une 3e au stade de discussions préliminaires.
De son côté, Geely a récemment signalé son intérêt envers le marché des États-Unis lors de la convention 2026 CES de Las Vegas. On pourrait penser que l’ouverture du marché canadien à son VNÉ lui permettrait de tester le marché nord-américain, mais Geely ne semble pas enclin à ouvrir des usines de production en Europe, alors les travailleurs canadiens pourraient ne pas bénéficier de cette situation.
Finalement, pour symboliser l’apport d’un plus petit joueur, XPeng livre des VÉ en Europe et a choisi la production locale de certains de ses modèles, notamment par l’intermédiaire du fournisseur Magna. XPeng explore également une collaboration avec VW pour ce qui est de la chaîne d’approvisionnement. Plusieurs autres marques comme Chery, Changan, Li Auto et SAIC tentent de s’établir en Europe et pourraient être intéressées par le marché canadien.
Dans le tableau qui suit, les prix en euros sont ceux chargés aux clients après application de barrières tarifaires de 17% pour BYD et de 18,8% pour le Groupe Geely. Ces tarifs s’ajoutent au montant standard de 10% entre les 2 pays. En plus, ces prix incluent les taxes locales, de même que les frais d’immatriculation de ces véhicules. Généralement, les prix sont à peu près les mêmes, voire quelques milliers de dollars de plus, une fois les véhicules importés sur le marché canadien.
Notons que, dans cette analyse, on retrouve des véhicules dans toutes les catégories. Les seuls VÉ qu’on ne pourrait pas facilement importer de la Chine pour combler nos besoins seraient ceux de type camionnettes, comme le Ford F-150. Ils existent en Chine, mais sont produits par des fabricants moins enclins à l’exportation et présente de surcroît de faibles autonomies.
En conclusion
Dans cette série d’articles, nous avons vu que la Chine offre plusieurs VÉ, véhicules hybrides rechargeables (VHR) et VÉAÉ à prix compétitifs. Elle offre non seulement la crème de la crème, avec des vitesses de recharge imbattables et des écosystèmes informatiques hors pair, mais également des VÉ à prix et à performance modiques. BYD et Geely font désormais partie des gros joueurs parmi les fabricants automobiles, le premier étant dans le top 10 des groupes et le second y aspirant en 2026.
Les fabricants chinois offrent toute la gamme des véhicules. Les plus petits qui pourraient être exportés vers le Canada incluent le VÉ BYD Seagull et les VÉ Smart Fortwo et Forfour. Les possibilités s'étendent jusqu’à de très gros véhicules légers, comme les VÉ de format VUS XIAOMI YU7 et VW ID Era 9X. Également, les fabricants chinois ont démontré leur capacité à homologuer des véhicules sécuritaires, comme le démontre l’exemple du VÉ BYD Seagull, qui a été modifié et légèrement allongé pour être homologué en Europe. Ce VÉ a reçu une cote de 5 étoiles, la plus haute disponible, alors que certains modèles européens de taille comparable, comme le VÉ Renault 5, ont obtenu une cote plus basse.
Réjouissons-nous de l’entente de Mark Carney avec la Chine, qui ouvre le marché canadien à des VZÉ à de plus faibles prix, au bénéfice des consommateurs. Cet accord protège également l’industrie d’ici grâce à une offre d’établir des coentreprises au Canada pour améliorer la chaîne d’approvisionnement de VÉ de qualité à moindre coût et offrir des opportunités d’emplois locaux.
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