Une étude publiée dans Nature démontre que l'électrification à batterie est techniquement et économiquement viable pour une grande partie du transport maritime côtier mondial d'ici 2030.
Une étude scientifique publiée dans la revue npj Clean Energy de Nature Portfolio, menée par des chercheurs de Shell et de Deloitte, apporte une conclusion surprenante : la technologie qui a transformé le transport routier — la batterie électrique — est également une voie viable pour décarboner une part significative du transport maritime mondial d'ici la fin de cette décennie. Le transport maritime représente actuellement environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et la pression pour qu'il atteigne la carboneutralité d'ici 2050 s'intensifie à l'échelle internationale.
L'étude se concentre sur le transport maritime à courte distance, aussi appelé « short sea shipping » — ferries intérieurs et côtiers, remorqueurs fluviaux, navires de fret intérieur, et bateaux de soutien offshore. Ces types d'embarcations, plus petites et parcourant de moins longues distances, peuvent techniquement être électrifiées en remplaçant leur groupe moteur diesel et leur réservoir de carburant par une batterie de poids et de volume équivalents, sans nécessiter une refonte complète de la coque. Résultat : d'ici 2030, les segments techniquement électrifiables représenteront environ 30 % de la consommation énergétique maritime mondiale et près de 20 % de ses émissions de GES.
Sur le plan économique, la conclusion est encore plus frappante : pour 90 % de la flotte techniquement électrifiable, le passage à la batterie sera financièrement avantageux d'ici 2030, grâce à la baisse continue des coûts des batteries — une tendance déjà bien établie pour les véhicules routiers, dont les navires bénéficient directement. Concrètement, un ferry électrique coûte davantage à l'achat, mais ses coûts d'exploitation — surtout en carburant — sont nettement inférieurs. Des exemples réels confirment cette trajectoire : ferries 100 % électriques en Scandinavie, remorqueurs électriques en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, et navires de fret électrique sur les voies navigables chinoises et européennes.
Des obstacles subsistent néanmoins : la nécessité d'augmenter la capacité des réseaux électriques dans les ports, l'absence de normes universelles pour la recharge DC maritime, et la complexité d'aligner les intérêts de multiples acteurs — autorités portuaires, armateurs, services publics et chargeurs. Mais avec environ 1 900 navires électriques déjà en opération ou en commande au printemps 2026, la dynamique maritime rappelle étrangement celle des premières années des VÉ sur route — et on sait ce qui a suivi.
