Le marché automobile canadien amorce l’année sur une dynamique contrastée. Si le volume global des ventes de véhicules neufs demeure relativement stable, l’électrification, elle, connaît une véritable accélération.
En février, les véhicules zéro émission (VZE) ont enregistré une hausse spectaculaire de 47 %, portée en grande partie par le retour d’incitatifs financiers fédéraux.
Selon Statistique Canada, 124 004 véhicules neufs ont été vendus au pays en février, un niveau comparable à celui de l’an dernier. Mais derrière cette stabilité apparente se cache un changement structurel important : 12 626 de ces unités étaient des VZE — soit des véhicules 100 % électriques ou hybrides rechargeables.
L’effet déclencheur des subventions fédérales
Cette croissance marquée coïncide directement avec l’entrée en vigueur, le 16 février, du nouveau Programme pour l’abordabilité des véhicules électriques. Après plusieurs mois sans aide financière fédérale — et même une suspension temporaire des incitatifs au Québec — le retour des subventions a immédiatement stimulé la demande.
Résultat : les VZE représentent désormais 10,2 % des ventes totales au Canada, contre seulement 6,9 % à la même période en 2025. Une progression significative, qui devrait se confirmer — voire s’amplifier — en mars, premier mois complet avec les nouvelles mesures en place.
Un marché sensible aux incitatifs
Le comportement des consommateurs n’est pas surprenant. Le marché des véhicules électriques au Canada a déjà démontré une forte sensibilité aux politiques publiques. En décembre 2024, les ventes de VZE avaient atteint un sommet historique de 18,3 %, notamment en raison d’une ruée au Québec avant la réduction des subventions provinciales, passées de 7000 $ à 4000 $.
Ce type de « pic artificiel » illustre bien à quel point les décisions d’achat sont influencées par les incitatifs financiers.
Une aide appelée à diminuer
Le nouveau programme fédéral reprend essentiellement les paramètres des anciennes subventions, avec des rabais pouvant atteindre 5000 $ pour les véhicules 100 % électriques et 2500 $ pour les hybrides rechargeables.
Toutefois, ces montants sont appelés à diminuer progressivement :
- Véhicules électriques : 5000 $ en 2026, puis réduction graduelle jusqu’à 2000 $ en 2030
- Hybrides rechargeables : 2500 $ en 2026, avec une baisse jusqu’à 1000 $ en 2030
Le programme prendra fin en 2031, ce qui introduit une fenêtre temporelle claire pour les consommateurs souhaitant maximiser les économies.
Des conditions d’admissibilité stratégiques
Le gouvernement fédéral a également introduit des critères visant à orienter le marché. Les subventions sont réservées aux véhicules vendus à moins de 50 000 $ et fabriqués au Canada ou dans un pays lié par un accord de libre-échange.
Cette clause exclut notamment les véhicules chinois importés, un choix qui reflète à la fois des considérations économiques et géopolitiques.
Autre élément clé : l’enveloppe budgétaire de 2,3 milliards de dollars est limitée. Le programme fonctionne selon le principe du « premier arrivé, premier servi », ce qui pourrait créer un effet d’urgence et accélérer encore davantage les ventes à court terme.
Une transition en marche, mais encore dépendante
La progression des VZE au Canada est indéniable, mais elle reste fortement tributaire des politiques publiques. Sans subventions, la demande ralentit ; avec des incitatifs, elle repart à la hausse.
La question centrale pour les prochaines années sera donc la suivante : le marché pourra-t-il soutenir cette croissance à mesure que les aides diminuent ?
Pour l’instant, une chose est claire : dès que les conditions sont favorables, les consommateurs répondent présents — et l’électrification du parc automobile franchit une nouvelle étape.