Un bras de fer politique autour des véhicules électriques dans la prochaine loi sur les transports26/11/2025 À Washington, une nouvelle bataille partisane se prépare autour de la réécriture du gigantesque projet de loi sur les politiques autoroutières, un exercice qui revient tous les quelques années. Le cycle précédent avait débuté en 2021 avec l’adoption de la loi bipartisane sur les infrastructures sous l’administration de Joe Biden, qui consacrait des milliards de dollars aux véhicules électriques (VÉ) et à leurs réseaux de recharge. Ce cycle se termine aujourd’hui avec une administration Trump déterminée — mais pas entièrement capable — à bloquer la dépense de ces fonds. Des lignes de front déjà tracées Les législateurs amorcent maintenant la rédaction d’un nouveau projet de loi de réautorisation du transport terrestre, qu’ils espèrent adopter d’ici octobre prochain. Les démocrates au Congrès lancent un avertissement clair : pas question d’avancer si les VÉ ne figurent pas parmi les priorités. Et il est difficile d’imaginer la Maison-Blanche de Donald Trump se montrer soudainement favorable aux voitures électriques. Dans une lettre adressée aux présidents de comité, les signataires ont affirmé que le projet de loi ne progresserait pas sans des « investissements essentiels dans les véhicules zéro émission et les infrastructures de recharge et d’approvisionnement associées ». Cet avertissement a du poids : l’adoption de la loi nécessite 60 votes au Sénat, ce qui oblige les républicains à aller chercher l’appui d’au moins une partie des démocrates. À la tête de cet effort, on retrouve le sénateur Alex Padilla (D-Californie) et la représentante Sharice Davids (D-Kansas), tous deux membres des comités clés responsables de grandes parties du projet de loi. La Maison-Blanche n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Trump, pour sa part, passe depuis des années son temps à critiquer les politiques pro-VÉ de l’ère Biden. Cette année encore, il a éliminé les crédits d’impôt destinés aux consommateurs… tout en achetant lui-même une Tesla. Le nœud du problème : l’infrastructure Derrière ce débat, une question cruciale : qu’est-ce que l’infrastructure, et surtout, qui doit la financer? Les défenseurs des VÉ soutiennent que les bornes de recharge sont désormais un élément d’infrastructure de base, au même titre que le béton et l’acier. Ils rappellent que la dernière loi sur les transports faisait partie du plan d’infrastructures bipartite et que plusieurs fonds liés aux VÉ avaient transité par des canaux traditionnels. « C’est clairement de l’infrastructure », affirme Albert Gore, directeur exécutif de la Zero Emission Transportation Association, un regroupement d’entreprises du secteur électrique. Les républicains répliquent avec une approche bien différente. Sam Graves (R-Missouri), président du comité de la Chambre sur les Transports et l’Infrastructure, propose non pas de financer les VÉ, mais plutôt d’imposer des frais aux conducteurs qui les utilisent. Des frais qui fâchent Graves souhaite imposer une redevance annuelle de 250 $ pour les VÉ et de 100 $ pour les hybrides, estimant qu’il s’agit d’une mesure nécessaire pour renflouer le Highway Trust Fund. Ce fonds, destiné à payer les améliorations des routes et des transports publics, est alimenté par les taxes sur l’essence et le diesel. « Si vous utilisez cette infrastructure, vous devriez payer pour celle-ci », soutient-il. Les groupes pro-VÉ jugent ces frais beaucoup trop élevés. Ils avancent que le conducteur d’un véhicule à essence contribue en moyenne seulement 82 $ par année au fonds. Fixer des frais aussi élevés pour les VÉ serait injuste et freinerait leur adoption — pourtant essentielle pour réduire les émissions responsables du changement climatique, explique Bridget Sanderson, directrice du Coalition Helping America Rebuild and Go Electric. Vers un compromis? Ce bras de fer infrastructurel ouvre la porte à un éventuel compromis : accepter des frais pour les conducteurs de VÉ en échange d’un soutien fédéral accru pour renforcer les infrastructures où elles sont déficientes. « Ce n’est pas impossible », estime Sanderson. Chose certaine, la bataille autour des véhicules électriques sera au cœur des négociations à venir, et pourrait jouer un rôle déterminant dans la direction que prendra la politique de transport américaine pour les années à venir. Source : Politico
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