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Un modèle de tarification plus clair, plus cohérent et plus transparent pour la recharge publique des véhicules électriques (VE) au Canada pourrait lever un obstacle majeur à leur adoption. C’est la conclusion principale d’un rapport publié en décembre par les organismes Pollution Probe et Mobility Futures Lab. Intitulé Public EV Charging in Canada: Evolving Pricing Practices and User Experience, le rapport analyse et compare l’expérience de recharge publique à travers les différentes provinces canadiennes. Les constats sont sans équivoque : les tarifs varient considérablement d’une province à l’autre — et même d’une borne à l’autre — en fonction du mode de facturation, des opérateurs et des tarifs locaux d’électricité. Résultat : une expérience imprévisible et parfois frustrante pour les conducteurs de véhicules électriques. Un manque de prévisibilité qui nuit à l’adoption « Quand on fait le plein dans une station-service, on sait à quoi s’attendre », explique Cedric Smith, directeur du transport chez Pollution Probe. « Nous voulons que le réseau de recharge publique offre le même niveau de cohérence et de transparence partout au Canada. » Selon le rapport, si le taux d’adoption des véhicules électriques doit se maintenir — voire augmenter —, les prix de la recharge publique doivent être prévisibles, transparents et constants. Une expérience inégale selon les provinces Cette problématique a émergé à la suite d’un sondage mené en 2024 auprès de propriétaires de véhicules électriques. Une question portait précisément sur la cohérence des prix de recharge entre différents endroits. Les résultats montrent un fort désaccord avec l’idée que la tarification soit uniforme, particulièrement en Ontario (70 %) et en Colombie-Britannique (67 %). Le Québec s’en tire mieux, avec un taux de désaccord de 46 %. Pourquoi cette différence ? Une partie de la réponse réside dans la structure même des réseaux de recharge. Le modèle québécois : un facteur de stabilité Au Québec, 59 % des bornes publiques de niveau 2 étaient exploitées par des opérateurs centralisés appuyés par des services publics, comme le Circuit électrique d’Hydro-Québec, en date de mai 2025. Cette proportion est nettement plus élevée que dans les autres provinces, où la majorité des bornes sont gérées par des acteurs décentralisés — commerces, municipalités ou gestionnaires immobiliers. Selon Cedric Smith, cette centralisation contribue probablement à une plus grande cohérence tarifaire. Lorsqu’un réseau dominant peut imposer des règles claires et uniformes, les variations sont naturellement moins importantes à l’échelle provinciale. Des modèles de facturation très variablesUn autre facteur clé est la diversité des modèles de tarification. Les bornes publiques facturent soit à l’énergie consommée (kilowattheure), soit au temps de branchement, parfois avec des frais supplémentaires (frais de session ou de pénalité d’occupation). La facturation au temps peut désavantager les véhicules qui rechargent plus lentement, ceux-ci payant davantage par kilowattheure que les modèles plus performants. Cela pose un enjeu d’équité et d’accessibilité financière. Les règles provinciales influencent également les pratiques. En Colombie-Britannique et au Québec, la facturation à l’énergie est la norme. En Ontario, on observe plutôt un mélange de facturation à l’énergie et au temps. À cela s’ajoutent d’autres irritants : les prix ne sont pas toujours affichés clairement sur place, contrairement aux stations-service, et les conducteurs doivent souvent multiplier les applications mobiles pour accéder aux différents réseaux de recharge. La facturation à l’énergie comme solution privilégiée Parmi les recommandations du rapport, la plus importante est l’adoption plus large d’un modèle de facturation basé sur l’énergie consommée. Selon Pollution Probe et Mobility Futures Lab, ce modèle est perçu comme plus équitable, plus facile à comprendre et plus transparent pour les utilisateurs. Les auteurs recommandent aussi une meilleure harmonisation entre les gouvernements, les services publics et les opérateurs afin d’uniformiser les pratiques, tant pour la facturation que pour l’affichage des prix, que ce soit sur les bornes ou dans les applications. Enfin, le rapport suggère de tendre vers un réseau national de recharge reposant sur des structures tarifaires comparables. Une telle harmonisation réglementaire faciliterait les déplacements interprovinciaux en véhicule électrique et éliminerait plusieurs inefficacités actuelles. En clair, pour que la recharge publique devienne aussi simple et rassurante que le plein d’essence, le Canada devra miser sur la cohérence, la transparence… et le kilowattheure. Source : Sustainable Biz Canada
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