Les marchés automobiles européens et chinois ont franchi le point de non-retour vers l’électrique15/12/2025 La transition vers les véhicules électriques (VE) n’est plus une simple tendance : elle a atteint un point de basculement irréversible en Europe et en Chine. C’est la conclusion d’une étude majeure publiée récemment dans la revue scientifique Nature Communications, menée notamment par le chercheur québécois Jean-François Mercure, professeur de politiques climatiques à l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni. « À moins qu’on mette un effort délibéré pour l’arrêter, cette transition va continuer toute seule », résume le professeur Mercure. Selon lui, les forces économiques et industrielles en jeu sont désormais suffisamment puissantes pour entraîner le marché sans intervention supplémentaire.
Une dynamique exponentielle portée par la technologie Au cours de la dernière décennie, les véhicules électriques ont connu une évolution technologique rapide, notamment grâce à la chute spectaculaire du coût des batteries — une baisse de 85 % depuis 2010. Résultat : même si les véhicules à essence dominent encore les routes, les ventes de VE progressent de façon exponentielle dans au moins 32 pays. Pour parvenir à ces constats, l’équipe de recherche a analysé les données mondiales de ventes automobiles entre 2016 et 2023. Ce travail a permis d’identifier, pour la première fois de manière claire, la présence d’un « point de basculement » dans certains marchés clés. « C’est comme pousser une grosse pierre au sommet d’une butte. Une fois passé le sommet, elle roule toute seule », illustre Jean-François Mercure. Ce point de bascule correspond à un état où de petits changements peuvent déclencher une transformation complète et auto-entretenue du système, notamment à travers la réorganisation des chaînes d’approvisionnement. Un levier crucial pour la décarbonation Si la fabrication d’un véhicule électrique génère plusieurs tonnes de CO₂, son bilan environnemental demeure largement favorable. Selon une étude européenne publiée en 2025, un VE alimenté par de l’électricité propre émet cinq fois moins de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie qu’un véhicule à essence. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère d’ailleurs les véhicules électriques comme un élément « crucial » de la décarbonation du secteur des transports, aux côtés du développement des transports collectifs et actifs. Des écarts marqués entre les régions du monde L’Agence internationale de l’énergie prévoit que plus de 25 % des véhicules vendus dans le monde cette année seront électriques. En Chine, cette proportion pourrait atteindre 60 %. Le contraste est frappant avec le Canada, où les VE représentaient seulement 9 % des ventes durant la première moitié de 2025. En Europe et en Chine, les chercheurs observent un phénomène caractéristique des systèmes proches d’un basculement : un « ralentissement critique ». Les ventes de véhicules à combustion chutent rapidement, mais de façon irrégulière, signe que le marché est devenu instable et sensible aux moindres perturbations. Selon les auteurs, cette phase annonce une descente rapide et irréversible de l’automobile à essence dans ces régions. Des politiques publiques encore déterminantes L’étude conclut toutefois que, même si le basculement est amorcé, la transition ne sera pas assez rapide pour éliminer les véhicules à essence partout dans le monde d’ici 2050 sans interventions supplémentaires. Les chercheurs identifient une combinaison de politiques particulièrement efficace : des subventions à l’achat jumelées à des quotas de ventes imposés aux constructeurs. « Quand on combine les deux, ça fonctionne très rapidement », souligne Jean-François Mercure. Au Canada, ces leviers ont récemment été affaiblis, tandis que la surtaxe de 100 % imposée sur les véhicules électriques chinois limite l’accès à des modèles plus abordables. Des facteurs commerciaux et géopolitiques freinent donc l’adoption, notamment sous l’influence d’intérêts pétroliers puissants en Amérique du Nord. Malgré ces obstacles, le chercheur demeure catégorique : à long terme, le basculement observé en Europe et en Chine finira par s’imposer ailleurs. « Le reste du monde ne pourra pas y échapper », conclut-il.
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